"Tu es ce que tu fais", c'est sans aucun doute une des nombreuses phrases que l'on m'a dit et répété lorsque j'étais enfant et voici que je la retrouve ici dans ce livre de Robert Cormier. Elle est aussi la phrase la plus vraie du livre, sans critique aucune pour l'oeuvre de l'auteur qui met à jour les failles du système de façon très ludique.
Ce livre me pousse vraiment au questionnement (naïf peut-être, mais ça vaut ce que ça vaut)...
Est-ce vraiment comme ça que ça se passe?
Peut-on ainsi profiter de la naïveté d'un être humain qu'il soit un enfant ou un adulte?
Quel genre d'homme doit-on être pour vouloir à tel point gravir les échelons de la société au prix de la vie d'autrui, et dans le cas présent, de celle d'un enfant?
Comment poursuivre sa vie dignement après avoir encaissé de telles accusations?
Tant de questions auxquelles j'ai, malheureusement, bien du mal à trouver des réponses satisfaisantes. Néanmoins, je pense que devant un récit de ce type, si les lecteurs restent dubitatifs à la suite de leur lecture ou mieux encore....révoltés, le travail de l'auteur est réussi et brillamment.
Sans vouloir donner un aspect réducteur à l'utilité de ce livre, j'ai bien du mal à passer outre cette réaction de révolte qu'a produit chez moi sa lecture bien que je dois reconnaître à l'auteur un réel travail de recherche dans son écriture. Je peux dire que j'ai pris un réel plaisir malgré tout à lire l'ouvrage de Monsieur Cormier.
C'est d'ailleurs un livre que je ferai lire volontiers à mes futurs élèves, je l'envisagerais en deuxième voire en troisième année pour une leçon de morale. Non pour critiquer le système juridique, mais plutôt pour montrer la confiance que nous donnons parfois à des personnes "bien placées" (que nous pensons mieux savoir que nous) et toute la manipulation qui découle de ce rapport que nous pensons établi sur des bases de confiance.
J'ai trouvé remarquable le jeu de l'auteur à nous faire deviner, à nous lecteurs, l'identité de la meurtrière. Le décor est bien encré les scénarios bien ficelés et les paris peuvent commencer...
Oui! Que celui qui n'a pas essayé d'émettre son hypothèse sur l'identité de la meurtrière dès les premières pages me lance la première pierre!
Soit dit en passant je trouve d'ailleurs qu'il serait intéressant de faire lire ce livre à des élèves qui auraient à travailler les hypothèses de sens etc. J'envisagerai alors la lecture de la première partie du livre: Alice Tully, puis demanderai aux élèves leurs avis et leurs hypothèses que j'espère nuancés. Mais laissons de côté les usages pédagogiques de ce livre et revenons-en au texte pour ainsi dire.
L'intrigue policière de ce roman tourne autour d'un meurtre commis par une enfant: Jennifer Jones.
Ce que je retiendrai de ce livre avant tout, c'est cette description non seulement de la meurtrière et de son état psychologique mais également et surtout de tout les élèments extérieurs et dont dépend cet état psychologique instable. Ce roman est en quelque sorte le mode d'emploi à suivre pour en venir à ce triste résultat.
Outre ce point plus que positif, j'ai cependant une grosse déception pour la fin du récit qui m'a gâché, hélas, le plaisir que j'ai pu avoir pendant la lecture du roman.
Je n'aurai qu'une seule chose à dire?
Jennifer, Alice, ou peu m'importe, POURQUOI ne pas avoir répondu à Frankie???!
Bande-annonce du film Twelve BURGESS Melvin, Junk.
Je viens tout juste de finir ce livre, et je le dis dors-et-déjà, j'ai adoré!
Ce livre à maintes reprises me fait penser au film requiem for a dream, lorsque Lily puis Gemma et Sally sont obligées de se prostituer pour s'approvisionner en Héroïne. On ressent une profonde détresse de la part de ces filles qui perdent tout (santé, dignité,...) sans même s'en rendre compte. Chance pour Gemma qui arrive à s'en sortir (grâce à Oona), contrairement à son "double" dans le film, Marianne, jouée magnifiquement par l'actrice Jennifer Connelly, qui perd toutes valeurs humaines, toute sa dignité et ne trouve aucune issue à ce cercle vicieux. (Faut-il pour autant attendre d'être enceinte pour trouver la force de décrocher à une addiction? Non, évidemment! Mais, je pense que dans ce livre, cela peut être mal interprété par des jeunes ados qui penserait que la solution à leur problème est d'enfanter! Petit reproche sur ce point mais, il n'y en aura pas d'autre.)
Ce livre m'a également fait pensé au film Twelve, je l'ai vu très récemment au cinéma, et là encore ce qui me marque, ce sont cette dépendance et cette perte de valeurs. Le toxicomane n'en a jamais assez, il commence par le hasch, continue avec la cocaïne, puis passe à l'héroïne et ainsi de suite². Le junk est en rupture avec la société, il dérange, on le craint, il fait peur.
Mon avis sur les personnages est, quant à lui, mitigé. Le début du roman nous montre une Gemma détestable, je ne pèse pas mes mots, mais il s'agit de mon vrai ressentis. Je l'ai "maudite", si on peut dire, car elle avait la chance d'avoir des parents soucieux d'elle, elle n'avait rien à envier à ce pauvre Nico, qui lui, avait de bonnes raisons de se sentir désarçonné par sa vie en famille. Bref, je l'ai détesté une bonne partie du roman, fort imbu de sa personne, elle s'est crue le centre du monde et restait avec ce pauvre garçon, pour qui elle n'avait aucun sentiment, sans oublier, bien sûr, que sans elle Nico n'aurait jamais rencontré Lily et Rob et, donc aurait peut-être pu éviter la toxicomanie. J'ai enfin pu dépasser ce stade de rancoeur envers le personnage une fois qu'elle s'est sentie "trahie" par Nico qui ne cessait de lui mentir. Mais comme ce dernier le dit si bien: "L'héroïne vous emmène loin des réalités" p.137 du roman, ainsi, je ne pense pas qu'il faille juger l'un ou l'autre fait ou comportement sévèrement, car tous les personnages sont influencés par leur addiction à l'héro.
²: Le saviez vous? J'ai vu au journal de 20h qu'il existait une nouvelle drogue qui fait, apparemment, fureur en Russie et qui semble être aux portes de la Belgique, La krokodil. De ce qu'on en dit, c'est une drogue aux effets nettement supérieurs à ceux de l'héroïne et au coup trois fois moindre. En revanche, ses effets sont ravageurs, à en juger par la dureté des images. Elle brûle l'épiderme et parfois même les os.
Etonnant? je ne trouve pas, les composants sont dignes de ceux d'un cocktail molotov: iode, héroïne, essence, dissolvant à peinture, phosphore rouge (partie rouge des allumettes) et codéine (contenu dans le somnifère).
>>> N'arrêterons-nous jamais cette innovation régressive?!
Thomas est un drôle de garçon, à 9ans seulement son seul souhait pour l'avenir est celui d'être heureux. Dans cette ambiance très conformiste des années cinquante, avec un père prisonnier de la tradition et de sa Bible, le jeune garçon cherche à survivre (en se réfugiant dans les livres), à échapper à ce père sans imagination et brutal avec sa femme. La liberté de penser de sa voisine – traitée de sorcière –, l’amitié d’Eliza, avec sa jambe de cuir, aideront Thomas à sortir de sa timidité, à briser le carcan construit par son père et à penser par lui-même.
Je n'ai pas accroché à cette lecture, la lecture des plaies d'Egypte par le père et les multiples dialogues entre Thomas et Jésus m'ont fait décrocher à de maintes reprises. Bien que je ne sois pas réticente aux romans de types initiatiques, je ne garderai pas le livre qui dit tout en mémoire.
Hannah 2. raconte le périple parcouru pour atteindre le sommet de la montagne où s'écoule la rivière à l'envers mais du point de vue d'Hannah. En ayant lu La rivière à l'envers, Tomek 1., j'ai eu peur que l'histoire se répète, et qu'elle me lasse. Heureusement pour nous, lecteurs, Jean-Claude Mourlevat a plus d'un tour dans son sac. Il nous démontre une fois de plus son imagination débordante et son esprit "abracadabrantesque".
Il me semble inévitable, pour ce roman, de relever l'espace-temps surprenant, lorsqu' Hannah rencontre les gens du désert. Le temps réel du roman est alors suspendu et un autre temps naît autour de cette troupe de nomades.
La rivière à l'envers est le livre de Mourlevat que j'ai préféré, l'auteur nous plonge dans un univers merveilleux où rien n'est impossible: la forêt de l'oubli, le champ de fleur aux vertus, pour le moins, étranges, le pays des petits parfumeurs, l'île inexistante, la rivière à l'envers et j'en passe, tout y est rassemblé pour une lecture prenante et distrayante.
Outre le merveilleux du récit, une formidable histoire d'amitié ou pour ceux qui y verraient une autre interprétation, celle d'un amour naissant entre Hannah et Tomek. Les deux personnages ne se retrouvent qu'à la fin du livre, arrivés au but ultime, celui d'atteindre la montagne où s'écoule à l'envers une eau qui aurait la possibilité de donner la vie éternelle.
Ce qui m'a également beaucoup plu, c'est cette "parodie" finement menée
de deux mythes que j'ai eu la chance d'étudier et qui sont:
-La fontaine de jouvence à laquelle on accorderait la vertu de rentre immortel quiconque boit son eau. (mythe biblique)
-Le mythe d'Oedipe. Lorsqu'il rentre à Thèbes, ce dernier est confronté à un sphinx qui assiège la ville. Oedipe doit répondre à cette énigme pour rentrer dans la ville et la débarrasser du sphinx. (Tomek doit lui aussi répondre à une énigme posée par la sorcière afin de pouvoir quitter l'île inexistante.)
N.B.: Certains philosophes considèrent cette énigme comme un rite de passage à l'âge adulte; réussir par sa seule intelligence.
Si j'ai la chance d'enseigner un jour, je donnerai sans aucun doute cette lecture à mes élèves, c'est une bonne entrée en matière pour le conte merveilleux ou même pour montrer que les représentations mythologiques, qu'elles soient bibliques, grecques,etc sont encore bien présentes dans notre littérature contemporaine. Je pourrais également prendre ce livre comme exemple d'adaptations des mythes.
Ce qui, je pense, pourrait également être intéressant à faire avec des élèves, ce serait de leur faire lire le roman jusqu'au moment de la rendre entre Hannah et Tomek, et ensuite de demander aux élèves d'écrire la suite du récit en respectant les critères narratif du conte merveilleux. Que d'idées que j'espère bien vite pouvoir mettre en pratique!
E. DELRUELLE, Métamorphose du sujet, éd. de boeck université, 2006.